Lilian THURAM
Président de la Fondation “Education contre le racisme”.
Le parrain
Quelles sont les motivations qui vous amènent aujourd’hui à accepter d’être le parrain de l’édition 2011 des Entretiens de l’Excellence Paris ?
Je souhaiterais expliquer aux enfants qu’ils sont capables de faire beaucoup plus qu’ils ne le pensent, et que parfois nous avons tendance à nous mettre des freins ou à intégrer des discours qui laissent à penser que certains seraient plus capables que d’autres. J’aimerais leur expliquer qu’avec beaucoup de travail et une bonne stratégie, on peut atteindre les sommets, et plus encore atteindre ses rêves.
Plus globalement, quel a été le moteur de l’engagement citoyen qui vous anime aujourd’hui ? Est-il lié à un moment, à un fait précis de votre vie et/ou de votre carrière ?
J’ai eu la chance de grandir dans la banlieue parisienne, plus exactement dans la cité des Fougères à Avon en Seine-et-Marne, où il y avait presque toutes les nationalités du monde : Portugais, Algériens, Pakistanais, Espagnols, Libanais, Zaïrois, etc. Nous grandissions et jouions ensemble au club de football des Portugais de Fontainebleau. Nous subissions souvent les préjugés de ceux qui étaient extérieurs à la cité, mais nous aussi nous avions des préjugés sur eux. Jusqu’au jour où je suis allé jouer dans le club de Fontainebleau, qui était réputé « bourgeois ». D’ailleurs un dirigeant du club des Portugais de Fontainebleau, où je jouais, m’avait déconseillé d’y aller, prétextant que je n’allais pas être dans mon élément. Ce ne fut pas le cas et j’ai compris que les enfants de Fontainebleau avaient exactement le même mode de fonctionnement ; j’ai constaté que les préjugés que nous avions, nous les enfants des Fougères, n’étaient pas fondés, et inversement. Et c’est là que j’ai pris conscience que les préjugés étaient toujours le fruit d’une mauvaise connaissance de l’autre.
Quel est votre regard sur le principe d’ « égalité des chances » tant prôné actuellement ?
Il fut un temps où l’école permettait aux enfants venant d’un milieu social défavorisé, de gravir l’échelle sociale. Aujourd’hui nous pouvons affirmer, sans que ce soit une surprise, que cela devient de plus en plus difficile. L’école, comme notre société, est de moins en moins égalitaire.
Le sport de haut niveau est une grande école d’effort et d’abnégation. A travers les Entretiens de l’Excellence, nous souhaitons encourager les jeunes à poursuivre des études supérieures de qualité, pensez-vous que l’on puisse faire un parallèle entre les études et le sport de haut niveau ?
Oui. Dans les deux cas, pour atteindre l’objectif, il faut une stratégie bien précise, beaucoup de volonté, beaucoup de travail et encore du travail.
Quel est le sens de la création de votre fondation ?
On ne naît pas raciste, on le devient. Le racisme est avant tout une construction intellectuelle. Notre histoire, depuis des siècles, est basée sur la croyance qu’il y a des races, et que la prétendue race blanche serait supérieure à toutes les autres. Cela peut créer chez certains un complexe de supériorité, chez d’autres un complexe d’infériorité et des ressentiments. Toute forme de racisme est une invention, elle peut être déconstruite par l’éducation et la compréhension.
Je souhaiterais expliquer aux enfants qu’ils sont capables de faire beaucoup plus qu’ils ne le pensent, et que parfois nous avons tendance à nous mettre des freins ou à intégrer des discours qui laissent à penser que certains seraient plus capables que d’autres. J’aimerais leur expliquer qu’avec beaucoup de travail et une bonne stratégie, on peut atteindre les sommets, et plus encore atteindre ses rêves.
Plus globalement, quel a été le moteur de l’engagement citoyen qui vous anime aujourd’hui ? Est-il lié à un moment, à un fait précis de votre vie et/ou de votre carrière ?
J’ai eu la chance de grandir dans la banlieue parisienne, plus exactement dans la cité des Fougères à Avon en Seine-et-Marne, où il y avait presque toutes les nationalités du monde : Portugais, Algériens, Pakistanais, Espagnols, Libanais, Zaïrois, etc. Nous grandissions et jouions ensemble au club de football des Portugais de Fontainebleau. Nous subissions souvent les préjugés de ceux qui étaient extérieurs à la cité, mais nous aussi nous avions des préjugés sur eux. Jusqu’au jour où je suis allé jouer dans le club de Fontainebleau, qui était réputé « bourgeois ». D’ailleurs un dirigeant du club des Portugais de Fontainebleau, où je jouais, m’avait déconseillé d’y aller, prétextant que je n’allais pas être dans mon élément. Ce ne fut pas le cas et j’ai compris que les enfants de Fontainebleau avaient exactement le même mode de fonctionnement ; j’ai constaté que les préjugés que nous avions, nous les enfants des Fougères, n’étaient pas fondés, et inversement. Et c’est là que j’ai pris conscience que les préjugés étaient toujours le fruit d’une mauvaise connaissance de l’autre.
Quel est votre regard sur le principe d’ « égalité des chances » tant prôné actuellement ?
Il fut un temps où l’école permettait aux enfants venant d’un milieu social défavorisé, de gravir l’échelle sociale. Aujourd’hui nous pouvons affirmer, sans que ce soit une surprise, que cela devient de plus en plus difficile. L’école, comme notre société, est de moins en moins égalitaire.
Le sport de haut niveau est une grande école d’effort et d’abnégation. A travers les Entretiens de l’Excellence, nous souhaitons encourager les jeunes à poursuivre des études supérieures de qualité, pensez-vous que l’on puisse faire un parallèle entre les études et le sport de haut niveau ?
Oui. Dans les deux cas, pour atteindre l’objectif, il faut une stratégie bien précise, beaucoup de volonté, beaucoup de travail et encore du travail.
Quel est le sens de la création de votre fondation ?
On ne naît pas raciste, on le devient. Le racisme est avant tout une construction intellectuelle. Notre histoire, depuis des siècles, est basée sur la croyance qu’il y a des races, et que la prétendue race blanche serait supérieure à toutes les autres. Cela peut créer chez certains un complexe de supériorité, chez d’autres un complexe d’infériorité et des ressentiments. Toute forme de racisme est une invention, elle peut être déconstruite par l’éducation et la compréhension.
Votre baseline « L’Education contre le racisme » tend-elle à souligner, en creux, une lacune du système éducatif français ?
Il est évident que le système éducatif doit jouer un rôle majeur dans la déconstruction des croyances racistes héritées du passé. D’ailleurs, lors de la sortie de mon livre « Mes étoiles noires », nous avons fait un sondage qui montre clairement que la notion de races qui seraient déterminées par la couleur de peau est encore ancrée dans notre société. Ce sondage montrait aussi que 80% de la population française avait entendu parler des populations noires pour la première fois lors de l’esclavage. Tant que dans l’inconscient collectif les personnes de couleur noire seront vues seulement comme ex-esclaves ou ex-colonisés, on mettra en doute leurs capacités intellectuelles de façon consciente ou inconsciente. Une bonne compréhension de l’histoire peut nous aider à dépasser le racisme.
Avec votre fondation, vous essayez de « déconstruire les imaginaires » propices à un inconscient raciste. La lutte contre les préjugés passerait-elle avant tout par une réécriture et un meilleur enseignement de l’Histoire, et ce, dès le plus jeune âge ? Quelle action préconisez-vous dans ce sens ?
L’idée n’est pas de réécrire l’Histoire mais de l’analyser sans être dans une position de dominé ou de victime, pour comprendre les erreurs du passé et se projeter dans l’avenir débarrassé de nos préjugés, pour qu’on puisse se voir enfin comme des femmes et des hommes n’ayant pas d’autre choix que de prendre soin de ce petit navire, la terre, qui se trouve quelque part dans l’Univers.
Quelles seront les prochaines initiatives de la Fondation ?
Après le livre « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama », paru en janvier 2010, puis l’outil pédagogique « Nous Autres » conçu et réalisé avec la CASDEN et la MGEN, mis à disposition des enseignants et des élèves de CM1 CM2, nous préparons pour fin novembre 2011 une exposition au musée du quai Branly : « EXHIBITIONS, l’invention du sauvage » (29 novembre 2011 - 3 juin 2012). Nous avons également la volonté de concevoir une exposition multimédia d’Education à la diversité humaine à l’échelle européenne.
Quelles sont, parmi les actions contre les discriminations et la promotion de la diversité observées hors de France, celles qui vous semblent les plus efficaces ou qui ont attiré votre attention ?
Un exemple, le « Black History Month », qui célèbre aux Etats-Unis d’Amérique chaque année pendant un mois l’histoire afro-américaine.
Cet événement est important car il permet de casser les préjugés négatifs sur les personnes de couleur noire, de combattre le complexe d’infériorité que les noirs peuvent avoir, car il ne faut pas se cacher que l’histoire que l’on raconte depuis cinq cents ans explique que l’homme blanc est l’être supérieur, et qu’il est supérieur aux femmes depuis plus longtemps encore !
Pensez-vous demander aux candidats aux prochaines élections présidentielles de signer « L'Appel pour une République multiculturelle et postraciale » afin de promouvoir quelques-unes des 100 propositions pluricitoyennes proposées dans le cadre de celui-ci ?
Tout d’abord c’est un collectif, mais c’est une très bonne idée, bien que les candidats soient capables de le signer mais de ne rien faire après.
Interview de Lilian Thuram, Président de la Fondation “Education contre le racisme”.
Il est évident que le système éducatif doit jouer un rôle majeur dans la déconstruction des croyances racistes héritées du passé. D’ailleurs, lors de la sortie de mon livre « Mes étoiles noires », nous avons fait un sondage qui montre clairement que la notion de races qui seraient déterminées par la couleur de peau est encore ancrée dans notre société. Ce sondage montrait aussi que 80% de la population française avait entendu parler des populations noires pour la première fois lors de l’esclavage. Tant que dans l’inconscient collectif les personnes de couleur noire seront vues seulement comme ex-esclaves ou ex-colonisés, on mettra en doute leurs capacités intellectuelles de façon consciente ou inconsciente. Une bonne compréhension de l’histoire peut nous aider à dépasser le racisme.
Avec votre fondation, vous essayez de « déconstruire les imaginaires » propices à un inconscient raciste. La lutte contre les préjugés passerait-elle avant tout par une réécriture et un meilleur enseignement de l’Histoire, et ce, dès le plus jeune âge ? Quelle action préconisez-vous dans ce sens ?
L’idée n’est pas de réécrire l’Histoire mais de l’analyser sans être dans une position de dominé ou de victime, pour comprendre les erreurs du passé et se projeter dans l’avenir débarrassé de nos préjugés, pour qu’on puisse se voir enfin comme des femmes et des hommes n’ayant pas d’autre choix que de prendre soin de ce petit navire, la terre, qui se trouve quelque part dans l’Univers.
Quelles seront les prochaines initiatives de la Fondation ?
Après le livre « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama », paru en janvier 2010, puis l’outil pédagogique « Nous Autres » conçu et réalisé avec la CASDEN et la MGEN, mis à disposition des enseignants et des élèves de CM1 CM2, nous préparons pour fin novembre 2011 une exposition au musée du quai Branly : « EXHIBITIONS, l’invention du sauvage » (29 novembre 2011 - 3 juin 2012). Nous avons également la volonté de concevoir une exposition multimédia d’Education à la diversité humaine à l’échelle européenne.
Quelles sont, parmi les actions contre les discriminations et la promotion de la diversité observées hors de France, celles qui vous semblent les plus efficaces ou qui ont attiré votre attention ?
Un exemple, le « Black History Month », qui célèbre aux Etats-Unis d’Amérique chaque année pendant un mois l’histoire afro-américaine.
Cet événement est important car il permet de casser les préjugés négatifs sur les personnes de couleur noire, de combattre le complexe d’infériorité que les noirs peuvent avoir, car il ne faut pas se cacher que l’histoire que l’on raconte depuis cinq cents ans explique que l’homme blanc est l’être supérieur, et qu’il est supérieur aux femmes depuis plus longtemps encore !
Pensez-vous demander aux candidats aux prochaines élections présidentielles de signer « L'Appel pour une République multiculturelle et postraciale » afin de promouvoir quelques-unes des 100 propositions pluricitoyennes proposées dans le cadre de celui-ci ?
Tout d’abord c’est un collectif, mais c’est une très bonne idée, bien que les candidats soient capables de le signer mais de ne rien faire après.
Interview de Lilian Thuram, Président de la Fondation “Education contre le racisme”.
