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02.11.2018
[10 ANS DE BORDEAUX] Jean-Jacques Lavergne « Le souci d’éviter l’entre-soi »

Jean-Jacques Lavergne est inspecteur d’académie, en charge de l’orientation.

Quels sont les élèves ciblés par le dispositif mis en place à Bordeaux en 2008 ?

Les élèves cibles sont les élèves volontaires, sollicités par les enseignants, dont le niveau d’ambition est en retrait par rapport à leur potentiel (en résultats, compétences ou motivation), souvent originaires de milieux modestes ou moyens, issus d’établissements ruraux (surtout des lycées, parfois des collèges), provenant de Bergerac, Terrasson, Sarlat, Ribérac, Excideuil. Il y a environ 200 élèves pour 10000 places pour l’académie. Le choix de ces lycées repose sur le simple fait d’un moindre niveau d’accès aux études supérieures des élèves de ces bassins par rapport à Périgueux.

La fracture d’accès aux filières d’excellence est donc sociale mais également territoriale. Pourquoi mettre en place ce dispositif à destination des élèves issus de la ruralité ou des territoires éloignés des métropoles où se trouvent les formations d’excellence ?

Par souci d’équité. Les zones rurales, pour de simples raisons de mobilité parfois, ont moins accès à des  professionnels, enseignants, responsables de formation ou étudiants de haut niveau. On peut le dire d’une autre façon : un coût financier plus élevé (transports, hébergement), une moindre familiarité avec ces milieux, une distance géographique, sociale, des freins psychologiques à l’ambition et à la mobilité, la peur de l’inconnu parfois ou l’absence d’anticipation de la réalité des formations et des conditions de vie. Les Entretiens sont une opération qui peut, entre autres, répondre à ces objectifs. D’autres associations ou projets sont développés aux niveaux académique, départemental ou des établissements :

– les cordées de la réussite (liens directs entre étudiants et enseignants du supérieur et lycéens, collégiens et leurs enseignants),

– la Quinzaine de l’orientation en Dordogne autour de 3 forums sur Périgueux,

– le retour de plus en plus systématique dans leur lycée d’origine d’étudiants pour témoigner devant les lycéens de leur parcours dans le supérieur

– les partenariats avec les entreprises pour permettre des contacts avec des professionnels (Ex Comité local école entreprise)

Comment le fait de faire venir ces élèves une demi-journée à Bordeaux, à Sciences Po, permet d’atteindre les objectifs de l’association (susciter l’ambition, lutter contre l’autocensure, s’émanciper de la reproduction sociale …) ?

3 éléments jouent :

– le caractère exceptionnel de la manifestation et des professionnels présents,

– la qualité des témoignages et la capacité des professionnels à provoquer de l’identification,

– la qualité de l’encadrement par les enseignants et la préparation réalisée en amont avec les élèves.

En matière d’évaluation, les établissements, personnels ou élèves qui ont participé demandent systématiquement depuis sa création la reconduction de l’opération l’année suivante (d’où la difficulté à en associer de nouveaux). Dit autrement, ce n’est pas cette opération en soi et à elle seule qui peut réduire la reproduction sociale mais un faisceau d’actions portées par les établissements, CIO, partenaires avec l’appui de la Région.

Aujourd’hui, le dispositif accueille à Bordeaux des élèves de l’ensemble de la région Nouvelle Aquitaine, il est également présent dans une quinzaine de villes en France et à l’étranger. Quel regard portez-vous sur cette évolution ? Que souhaitez-vous aux Entretiens de l’Excellence pour la prochaine décennie qui débute ? 

Pour la prochaine décennie, je souhaiterais voir une évolution et une répartition sur le territoire positives. Pour la grande Région, il conviendrait de créer au moins un nouveau lieu (Limoges) qui drainerait des lycéens de proximité et très égoïstement permettrait d’accueillir les élèves du Nord du département de la Dordogne (Nontron). Je n’oublie pas que la mobilité, c’est du temps, un effort supplémentaire et 6h de bus pour 3h de contacts peuvent émousser la motivation (je pense aux creusois également).

Un souhait ?

Cette manifestation, militante à ses débuts, est devenue aujourd’hui institutionnelle : qu’elle conserve de son origine le souci d’éviter l’entre-soi.

 

Propos recueillis par David Lavaud

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